Dans les années 1930–1940, la Belgique, anticipant une nouvelle guerre en Europe, a construit plusieurs types de fortifications défensives, certains dans la région de Houffalize.
La Ligne Devèze – fortins et abris en Ardenne (1933–1935)
Avant la Seconde Guerre mondiale, à partir de 1933, le ministre belge de la Défense Albert Devèze fit édifier de nombreux fortins et abris en béton armé le long de la frontière orientale (provinces de Luxembourg et de Liège) afin de ralentir une possible invasion allemande.
Ces fortins furent en grande partie abandonnés ou inoccupés lors de l’invasion allemande du 10 mai 1940, car la stratégie belge avait évolué vers la stricte neutralité.
Ces ouvrages sont de petites casemates (fortins) en béton armé, d’environ 3 à 4 m de côté, avec des murs de 40 à 60 cm d’épaisseur, destinés à accueillir 3 à 4 hommes et armés d’une mitrailleuse dans une embrasure blindée.
Ils étaient répartis en grand nombre : on compte environ 375 fortins construits entre 1933 et 1935, dont environ 274 en province de Luxembourg, donc dans le secteur ardennais autour de Arlon, Martelange, Attert, Vielsalm, Gouvy, Lierneux, Bastogne et Houffalize.
L’objectif n’était pas une ligne continue mais plutôt des points d’appui capables de couvrir routes, carrefours, vallées et positions avancées en attendant l’arrivée éventuelle de troupes plus lourdes.
Description des fortins
Ces fortins-abris de type Position Avancée (PA) se composent d’une chambre de tir de 2.60 m sur 3,60 m et d’une hauteur d’1,75 m.
Ces fortins ne sont pas interconnectés et ne disposent pas de moyens de défence rapprochés, même si certains sont pourvus de goulottes lance-grenades.
Leur mission consistaient à surveiller, à donner l’alerte et à intercepter des éléments isolés puis à être abandonnés.
Ils existent en 4 versions selon l’emplacement de la porte blidée même si certains ont une entrée aménagée en fonction de la disposition du terrain.
Les 4 types de fortins Devèze
Les quatre variantes principales de la ligne Devèze sont les suivantes :
- Variante A1 / Type A : Fortin standard pour une mitrailleuse Maxim avec tir frontal (sur une route ou un carrefour).
- Variante A2 / Type B : Fortin avec tir latéral ou incliné, souvent utilisé pour couvrir des ponts, des ruisseaux ou des carrefours en enfilade.
- Variante A3 / Type C : Fortin de type « double » ou à deux mitrailleuses, permettant de couvrir deux angles différents (rarement mentionné explicitement, souvent classé parmi les formes complexes).
- Variante A4 / Type D : Fortin avec une orientation spécifique pour le flanquement, souvent situé dans des zones boisées ou le long de chemins vicinaux.
Extrait des archives militaires à Evere:
«Tous les abris seront conçus pour une mitrailleuse avec 4 servants (artilleurs), gradé compris. Ils seront constitués de façon à donner au maximum la protection contre un coup isolé du canon de 77 mm. Ne comportant ni système de ventilation, ni cloche d’observation, ni projecteur, ils seront de dimensions réduites, ce qui diminuera leur vulnérabilité et leur visibilité. L’idéal serait de pouvoir les dissimuler dans des couverts ou dans des bâtiments. En cas d’impossibilité, ils seraient camouflés. Le but à poursuivre est de les rendre suffisamment invisibles pour que l’ennemi ne puisse les soumettre à tir observé. »
L’entrée, placée sur la face la moins exposée au tir de l’ennemi, variait en fonction de l’aspect du terrain et était fermée par une porte en acier galvanisé. Celle-ci présentait un vasistas de 10 cm de côté permettant la vue des abords de l’entrée et sa défense. L’embrasure, ouverture permettant le tir de la mitrailleuse, pouvait être fermée par un volet métallique extérieur pivotant latéralement. Grâce à un verrou, on pouvait le fermer de l’intérieur. La fermeture de l’extérieur était possible à l’aide d’un cadenas.
À l’intérieur de la chambre de combat ou chambre de tir, était scellé l’affût Chardome – du nom de l’officier des Chasseurs Ardennais qui développa cet affût. Il se composait d’une circulaire d’appui fixée à deux montants encastrés dans le radier sur laquelle reposait une plaque support qui pivotait autour d’un axe fileté scellé au milieu de l’embrasure. Sur la plaque support, les soldats fixaient la mitrailleuse Maxim 08/15 montée sur son affût de campagne, dit affût traîneau en raison de sa forme. Cette mitrailleuse, en dotation dans l’armée belge, provenait d’un stock d’armes récupérées en 1918 suite à la défaite allemande.
Les fortins Devèze en mai 1940.
Malgré leur rôle théorique, la plupart des quelque 274 abris Devèze de la province de Luxembourg étaient inoccupés ou inefficaces au moment de l’attaque allemande, ne parvenant pas à contrer la « percée » éclair.
Certains fortins de la ligne Devèze ont servi lors de l’invasion allemande de mai 1940, bien que leur efficacité ait été très limitée.
Parmi ceux-ci, les fortins de Martelange, de Chabrehez et de Trois-Ponts sont cités lors des combats des premières heures de l’offensive allemande le 10 mai 1940.
Albert Devèze
Albert Devèze (Ypres, 6 juin 1881 – Bruxelles, 28 novembre 1959) est un avocat, homme politique libéral belge, ministre d’État, ministre à de nombreuses reprises.
Albert Devèze fait ses études secondaires à l’Institut Saint-Louis de Bruxelles et poursuit avec deux ans de philosophie et lettres. Il étudie ensuite trois ans à l’Université libre de Bruxelles et en sort docteur en droit en juillet 1902
En août 1914 au déclenchement de la Première Guerre mondiale, il s’engage comme volontaire dans le 5e régiment de Ligne. Il passe quatre ans au front comme officier dans l’artillerie de tranchée puis de campagne. En avril 1919, il est nommé capitaine d’artillerie de réserve. En mai 1940, il fait la campagne des dix-huit jours comme major d’artillerie et sera nommé lieutenant-colonel honoraire en janvier 1946.
Il s’engage en politique en 1905 dans les rangs des libéraux. Il est conseiller communal de Schaerbeek de 1907 à 1921. Le 2 juin 1912, il est élu député à la Chambre des Représentants de l’arrondissement de Bruxelles. Il sera constamment réélu jusqu’en 1958. De 1927 à 1933, il est président du parti libéral.
Albert Devèze est repris à plusieurs reprises comme ministre de la Défense nationale au sein du gouvernement belge.
La stratégie militaire de Devèze était de résister sur la frontière belge à une éventuelle offensive allemande visant notamment les Ardennes, en attendant l’arrivée de l’armée française (il fut ministre au temps où la convention militaire franco-belge était en vigueur) ; il crée pour cela les Chasseurs ardennais, unité d’élite de l’armée belge qui s’illustrera lors de la Campagne des dix-huit jours en mai 1940.
Cette optique est remplacée après 1936, sous la pression flamande, voire flamingante (Los van Frankrijk ! (Libre de la France !), et l’influence du pacifisme des socialistes, par la politique dite des mains libres visant à tenir la balance égale entre les grandes puissances, et donc à s’éloigner de la France. C’est pour cette raison qu’Albert Devèze s’est vu contraint de quitter le gouvernement Van Zeeland I en 1936.
Après la Deuxième Guerre mondiale, toujours estimé et incontournable, c’est lui qui définit la ligne libérale dans la Question royale: le Roi Léopold III n’a pas failli mais puisqu’il est l’objet de discorde, l’unité nationale et l’avenir de la monarchie exigent de lui l’effacement en faveur de son fils, le prince Baudouin.
De février 1946 à 1958, il est élu député de Bruxelles à la Chambre des représentants. Il est ministre des Affaires économiques dans le gouvernement Van Acker III (du 31 mars au 3 août 1946) et vice-premier ministre et ministre de la défense dans le gouvernement Eyskens I (du 11 août 1949 au 6 juin 1950). Malade, il renonce en mars 1957 à présider le groupe libéral à la Chambre des représentants.
Il a été inhumé dans la crypte des anciens combattants au cimetière de Schaerbeek.
Source Wikipedia
Le circuit des fortins
Le « Circuit des fortins » à Houffalize a été inauguré le 23 juin 2016 lors de la 50e Marche européenne du souvenir et de l’amitié (MESA). Cette initiative du Syndicat d’Initiative et de la commune met en valeur 3 petits fortins et vestiges de la Seconde Guerre mondiale.
Source Qualité-Village-Wallonie.
Ces panneaux didactiques, placés le long de cet itinéraire, informent les promeneurs sur le contexte historique de ces fortins, construits pour la défense de l’Ardenne.
Cartes des fortins







— Sources et références pour l’ensemble des articles sur les fortins de la région de Houffalize —
- Chardome (Paul-François-Joseph-Léonard), Ingénieur naval et Administrateur-Directeur de sociétés (Verviers, 22.10.1885 – Rupelmonde, 13.8.1974). Fils de Léopold et de Servais, Emma.
- Wikipedia – Liste des fortins Devèze
- http://www.fortiff.be
- Le circuit des fortins – Syndicat d’Initiative de Houffalize
- Notice relative a l’utilisation des armes automatiques dans les abris munis du dispositif « Chardome » pour Mi.- Maxim sur affût-traineau Ministère de la défense nationale, 1936. Source https://lignekw.blogspot.com
- https://www.visitardenne.com




