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Chabrehez, Lucien Dislaire, Témoignages, WWII

Chabrehez, le 10 mai 1940, par Lucien Dislaire

Date: 11 Mai 2026Author: Thibaut Westhof 0 Commentaires

Résiste et mords

On nous parle à l’école de la belle et glorieuse résistance des chasseurs Ardennais pendant la campagne des dix-huit jours de guerre, du 10 mai 40 au 28 mai 1940, date à laquelle le Roi ordonna aux troupes de déposer les armes et de se rendre.

C’est bien sûr de la vieille histoire mais, comme notre instituteur monsieur Hermann fut officier et acteur de cet épisode tragique, il nous en a fait l’historique.

Il faut savoir qu’à l’origine, au début des années 30 le Régiment des chasseurs Ardennais fut créé pour défendre notre belle province : le Luxembourg. Mais que ceux-ci, vu leurs qualités d’endurance, de courage et de bravoure, furent placés comme rempart face à l’invasion. Et cela se passe chez nous, notamment à Chabrehez-les Tailles, là où Maman me conduit chaque année pour vaincre la peur en implorant saint Gilles.

Ici, c’est le sommet de la Belgique dans son aspect le plus désolé, des ciels tourmentés, une terre maigre, ingrate, ses forêts giboyeuses, ses fagnes, ses mardelles et tourbières. Cette « terre bréhaigne, farouche et taciturne » que représente la vaste pénéplaine fangeuse et brumeuse du Plateau des Tailles. Un pays rude, au climat austère amenant des hivers rigoureux et semblant raconter la morne résignation d’un peuple usé depuis des siècles par l’ingratitude des éléments.

Les forêts du plateau des Tailles furent à plusieurs époques le théâtre et le repaire de bandits sévissant dans la région. Vers 1700 l’ermite Jean Lejeune qui habitait aux Tailles un ermitage aujourd’hui disparu, fut assassiné par « Noyé l’poyou » (Noé le poilu), brigand notoire et craint dans tout le Luxembourg, lequel « Noyé l’poyou » réussit pendant 7 ans à se faire lui-même passer pour un ermite. Sa supercherie découverte, il fut pendu pour ce crime et pour d’autres méfaits.

Vers 1800, le plateau des Tailles a connu les exploits d’une bande redoutable. C’étaient des faux-monnayeurs et des détrousseurs de la pire espèce qui avaient choisi le village isolé des Tailles pour quartier général. Réfractaires à la conscription imposée par la République née de la Révolution Française, déserteurs, fils de paysans attachés au coin de terre cultivé par leurs aïeux, ils préféraient disparaître sous un déguisement ou se terrer dans les bois.

Le combat de Chabrehez

Une fois arrivés sur le plateau de Chabrehez les chars du général Rommel, qui sera par la suite reconnu comme un des plus grands stratèges militaires allemands, tombèrent sur une résistance féroce de la part d’une centaine de Chasseurs Ardennais de la 3eme Compagnie, malheureusement isolés et seuls à faire face en avant du gros de la troupe.

Rommel et la 7e Panzerdivision, forte de 150 chars, resteront bloqués jusqu’au lendemain. Rommel et ses officiers durent revoir leur plan de progression rapide fortement compromis par cette résistance héroïque. Au point que le général Rommel rendit honneur à ces braves et s’exclama : « Es sind keine Menschen, sondern grüne Wölfe » « Ce ne sont pas des hommes mais des loups verts »

L’avant-garde de la 7eme Panzer Division (7pzd) sous les ordres de Rommel arrive vers 17h30 à Les Tailles.

La 7PzD doit progresser vers Samrėe et passer l’Ourthe à Marcourt. Partie depuis 4h30, elle trouve sur la route des barrages et des obstacles divers. Puis, à la lisière du bois de Cédrogne, elle tombe sur une vingtaine d’hommes d’un peloton de la compagnie motos du 3ChA. À cette heure, le combat de Bodange se termine. À 18h, c’est le tour du 3ChA. : un char léger allemand entame en zigzag la descente du petit chemin débouchant du village de Les Tailles. La 3e compagnie du 3ChA, réduite à deux pelotons est déployée en deux lignes

Au Nord, deux sections avec deux fusils-mitrailleurs du peloton Catin se trouvent derrière un fossé antichar. Au sud, le peloton Crémer avec quatre fusils-mitrailleurs fait face au moulin du village de Les tailles. En retrait, sont installés à hauteur du monument actuel, trois lance-grenade DBt et à leur gauche, un fusil-mitrailleur dans un abri « Devèze ».

Au sud du village de Chabrehez, la section des deux mitrailleuses du sous-lieutenant Gourmet est apte à tirer jusqu’aux lisières ouest de Les tailles. Le commandant de compagnie Lejeune a placé son PC à la ferme Roufignon d’où il voit le versant ennemi. Tous les vélos sont rassemblés non loin de là. La mission de la compagnie est de résister jusqu’à l’ordre de repli du Groupement « K ».

Le char allemand et quelques motos approchent de la ferme près du pont entravé : une compagnie ennemie (Heilbronn) est déployée sur la crête. La bataille débute. Les Chasseurs Ardennais font échouer à plusieurs reprises les assauts frontaux des Allemands. Rommel en personne organise la suite de l’attaque. Il décide de fixer les Belges de front, à partir de Les tailles. Pendant ce temps, une autre compagnie (Kleinschmidt) les contourne par les bois, au Nord, pour les prendre à revers.

Après 18h30, un maximum de feux allemands s’abat sur les positions des Chasseurs, sauf sur la première ligne située dans un angle mort. Mais les deux mitrailleuses sont détruites et le Lt Gourmet est tué. Le débordement allemand qui vient du Nord n’a pas été repéré : un des pelotons capture par surprise le FM dans l’abri en béton. Puis les Allemands poursuivent l’attaque vers le ruisseau, mais ne parviennent pas à atteindre les sections avant du peloton Catin. Le commandant de la 3e compagnie qui s’est déjà replié au début des combats, se trouve le long de la route Baraque de Fraiture – Laroche : il échoue à transmettre l’ordre de repli.

À 19h00, le peloton belge installé dans la ferme-château du Bois-st-Jean reçoit l’ordre de repli. Le sous-lieutenant Catin et un FM du peloton Crémer résistent toujours mais les munitions s’épuisent. Le Lt Catin est prisonnier des Allemands. La compagnie Kleinschmidt, avec les deux pelotons restants, atteint le village par l’Ouest et le prend d’assaut. Les rescapés du peloton Crémer les rencontrent au moment du repli : un corps à corps s’engage. A court de munitions, les trois soldats belges et le Lt Crémer se rendent et sont abattus à bout portant. À 21h00, les Allemands gagnent Chabrehez et font plus de trente prisonniers dont dix sont blessés. Le désordre est tel dans le village que toutes les forces ennemies reçoivent l’ordre de se replier à Les tailles. Ils ne reprendront l’attaque que le lendemain matin. Deux pelotons belges, livrés à eux-mêmes, ont retardé d’un jour l’objectif du futur ’Renard du désert’’. Sept d’entre eux sont morts et de très nombreux autres sont blessés ou prisonniers.

Après une journée de rudes combats, la 7me Panzer Division investit Chabrehez-Les Tailles.

Les chasseurs Ardennais ont abandonné leurs vélos et se replient par les forêts…

Dans le style dithyrambique et pompeux propre à la tradition des officiers supérieurs en mal de parcelles de gloire, je retiens l’hommage du général Champion à l’adresse du sous-lieutenant Gourmet sacrifié à Chabrehez. Jamais avares de superlatifs obséquieux et superfétatoires à l’adresse des sacrifiés, nos élites politiques et nos généraux bien au chaud à l’arrière des combats !


« Lorsque le soleil du 10 mai se lève aux horizons d’Ardenne, il reste bien peu d’heures à vivre à Benjamin Gourmet. Sous-lieutenant d’active, il commande les mitrailleurs du point d’appui de Chabrehez, qui va barrer la route jusqu’à la nuit tombante à l’avant-garde de la division blindée commandée en personne par le général Rommel. Quant au plus fort du combat, il sera frappé de plein fouet, un dernier réflexe de sa vie terrestre fige le sous-lieutenant Gourmet au garde à vous et on l’entendra prononcer deux mots, très distinctement comme un ordre, ou un appel ou un défi :« ici Gourmet ! » Avant de s’abattre face contre terre…Dernier ordre ? Dernier souci de ceux qu’il quittait ? Dernier défi à l’ennemi qui vient de l’abattre ? »

En 47 jours de bataille à l’Ouest, 100.000 Français, Anglais et Belges sont morts. L’armée allemande a quant à elle perdu 2.000 hommes chaque jour durant ces combats. (Tués, blessés, prisonniers, disparus). Preuve en est que l’armée belge et celles des alliés n’étaient pas composées que de fuyards. Léopold III : « La cause de la Belgique est pure. Avec l’aide de Dieu, elle triomphera !»

C’est plus facile à dire qu’à faire ! Et cela ne se passera pas comme espéré… Pour ce qui est d’espérer l’aide de Dieu, on peut déjà l’oublier : celui-ci a déjà été sollicité par Hitler qui a reçu, il y a peu, un message du Pape bénissant ses troupes et place ainsi Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit en première ligne dans les combats, appuyés en cela par une flopée d’aumôniers.

Donc le 10 mai 1940, les Allemands déferlent, c’est la campagne des 18 jours. Les Français n’ayant jamais fait le poids face aux Teutons, il vaut mieux pour espérer, se tourner vers les Anglais et les Américains…


Le courage des chasseurs Ardennais sera universellement reconnu : lâchés par certaines troupes Belges, et les troupes Françaises et Anglaises se repliant et découvrant les flancs de la ligne de combat, ils livrent une résistance homérique qui permettra notamment à des centaines de milliers de soldats anglais et plus de 100.000 Français de rejoindre l’Angleterre. Ils ne cessèrent de jouer leur rôle de troupes d’avant-garde jusqu’à la bataille de la Lys durant laquelle le 1er régiment de Chasseurs Ardennais fut chargé de colmater la brèche ouverte le 25 mai 1940 par la reddition en masse du 15eme de Ligne à Deinze.

Cette rude défense occasionna le massacre de Vinkt, les Ardennais ayant si lourdement malmené un régiment allemand (1500 morts et blessés dans le 225e RI allemand) que les soldats de cette unité réagirent contre la population civile par un massacre analogue aux atrocités allemandes de 1914.

Le 28 mai 1940 le Roi demande de déposer les armes. La Belgique capitule. Les militaires se rendent aux premiers véhicules allemands qui surgissent, noirs de poussière. Des véhicules vont à la rencontre des allemands, un officier debout agitant un drapeau blanc. Les soldats Allemands distribuent cigarettes et chocolat.

Regroupés hâtivement, ils partent à pied, sans gardiens, en troupeau, sans savoir où ils vont, prenant à rebours la route des chars, aidant quelques fois les allemands à dégager la route en poussant les véhicules abandonnés dans les fossés…


Pour ces chasseurs Ardennais, la guerre se termine prisonniers sur la Lys. Ils ont bien mérité de la Patrie.

« Et la biche écoute et tremble, dans l’ombre des Alliés… »

Extrait de ‘Enfance de guerre’ Dislaire Lucien – 2024, reproduit ici avec sa gracieuse autorisation.

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