Le lieu-dit « Chèras » à Houffalize est-il singulier ou pluriel ?
Dit-on « les Chèras » ou « le Chèra » ou encore « le château de Cheras » (au singulier et sans accent) comme sur la carte postale d’illustration ?
En fait, le lieu-dit s’appelle les Chèras, au pluriel. On dit donc :
- les Chèras
- au lieu-dit des Chèras
- aux Chèras
- le château des Chèras.
Petit point toponymique : en Wallonie (et ailleurs), beaucoup de lieux-dits viennent d’anciens noms communs ou de réalités géographiques ou agricoles, d’où un pluriel figé (les Prés, les Fagnes, les Bruyères, les Chèras, etc.). Ici, Chèras est un nom propre pluriel lexicalisé.
Origine probable du nom « les Chèras »
Le toponyme Chèras est très vraisemblablement d’origine wallonne, comme beaucoup de lieux-dits de la région de Houffalize.
Deux pistes principales sont généralement retenues :
1. Le sens de terrain pauvre / caillouteux
En wallon ardennais, des formes proches de chêr / chèra / chéras désignent :
- un sol maigre,
- une terre pierreuse ou ingrate,
- parfois une lande ou friche difficile à cultiver.
Les Chèras auraient donc été à l’origine plusieurs parcelles de terres pauvres, d’où le pluriel.
2. Un ancien découpage agricole
Le pluriel s’explique aussi par l’usage médiéval :
- on nommait un ensemble de champs, bandes ou pièces de terre par un même nom collectif,
- ce nom restait ensuite figé comme lieu-dit, même quand l’usage agricole disparaissait.
C’est exactement le même mécanisme que :
- les Prés
- les Tiges
- les Fanges / Fagnes
- les Bruyères
Même si le paysage a changé, le nom est resté. [1]
Conclusion linguistique & historique : l’appellation Chèras est historiquement un nom pluriel fixé pour le lieu-dit, attesté au moins depuis le début du XXᵉ siècle, et sans forme singulière traditionnelle du type Chèra dans les archives consultées. Le pluriel indique probablement une désignation collective de parcelles de terre ou d’un ensemble géographique ancien.
— Notes et réferences —
[1] Microtoponymie du défrichement dans les Ardennes (première partie) – Michel Tamine Nouvelle revue d’onomastique Année 1994 23-24 pp. 45-100

