
S’il vous prend l’envie de rejoindre Cetturu à pied en partant de Houffalize, vous traverserez d’abord le ruisseau de Cowan un peu en-dessous du moulin de l’Ermitage, à l’endroit précis où il se jette dans l’Ourthe.
Vous attaquerez ensuite la grimpette jusqu’à Tomblaine, avant de remonter quelque peu la petite route bétonnée qui monte vers Alhoumont.
Vous prendrez ensuite le petit chemin qui descend dans la vallée de Cetturu jusqu’au gué traversant le ruisseau de Tavigny avant de remonter sur Matonspau et le petit village de Cetturu.
A une centaine de mètres avant le gué, vous découvrirez, surpris, quelques murs de schiste délimitant une maison et sa dépendance. Il n’en reste pas grand chose mais l’on pourrait de demander quel ermite, fuyant la civilisation, eut l’idée saugrenue de s’installer dans un endroit aussi perdu.
Et pourtant, il s’agissait, si l’on en croit la tradition orale, d’un « malin ome ».
1827-1830 : le canal Meuse et Moselle
En 1827, les cantons de Houffalize et de Clervaux sont en ébullition : des travaux gigantesques s’annoncent. La Société du Luxembourg projette ni plus ni moins que de relier la Meuse au Rhin. Un des grands projets de Napoléon est sur le point de se concrétiser.
Les études, menées par le grand ingénieur Rémy de Puydt, sont formelles : en remontant l’Ourthe et en la canalisant, il est possible de franchir la ligne de crêtes séparant le bassin mosan du bassin rhénan.
Le point culminant du projet sera un bief de partage entre Bernistap et Hoffelt.
Pour y parvenir, on remontera d’abord l’Ourthe quelques lieues après Houffalize, puis le ruisseau de Tavigny jusqu’à la ferme-château de Bernistap.
Sur ces cours d’eau canalisés navigueront des bateaux à fond plat, les fameuses bètchettes, chargées de transporter les richesses du Luxembourg — province alors propriété personnelle du roi Guillaume d’Orange — vers les comptoirs et les industries de la Meuse ou du Rhin.
Qui dit bateaux dit bateliers, se dit « nos malin ome », travaillant dur pour remonter le courant et passer les écluses. Ils auront soif. Une petite étape et une petite goutte seront d’un grand réconfort et accroitront ma fortune si je place mon estaminet sur le bord du canal dans un endroit éloigné de toute concurrence et de la maréchaussée.
Je ne suis pas certain qu’il se fusse exprimé en ces termes mais toujours est-il que l’idée est là.
« Nos malin ome » se mit donc à construire une belle maison en pierre de schiste surplombant le ruisseau où devaient monter et descendre les bâteaux.
Hélas, 3 fois hélas pour notre homme, de toutes les révolutions qui eurent lieu en 1830, seule la révolution belge réussit. Elle coupa les ailes du projet soutenu par le roi Guillaume, le duché de Luxembourg emboitant le pas et la cause des provinces belges des Pays-Bas. Elle coupa également les ailes du projet de « nos malin ome » qui, dépité ou ruiné, ne mit même pas un toit à sa maison.
Seuls les oiseaux y élurent domicile. et les gens du pays, toujours la langue bien pendue, la nommèrent alors « li mâhon des oùhès« , la maison des oiseaux.


