Un « mauvais garçon » [1]
La Meuse du 17 janvier 1888 nous en raconte des belles sur notre « ami » François Joseph.
Vol.
« Un vol à l’aide d’escalade et d’effraction a été commis, pendant la nuit du 10 au 11 courant, au préjudice des époux Henri Joseph Smetz, cabaretiers à Bernistappe (Tavigny).
Le 10 de ce mois, vers 7 heures du soir, Smetz remettait sa quinzaine (71 francs) à sa femme en présence du nommé François Danloy, son voisin. Son épouse plaça cet argent dans un porte monnaie qu’elle déposa ensuite dans le tiroir d’une armoire dont elle ferma la porte à clef. Elle plaça cette clef au-dessus de cette armoire. Danloy sortit du cabaret et les époux Smetz allèrent se coucher, laissant leur argent dans la salle du cabaret. Le matin, vers 4 ½ heures, Smetz se leva et, en entrant dans son café, il vit, au milieu de la pièce, le tiroir où l’argent se trouvait et constata que l’on s’était introduit dans sa demeure par la toiture de son étable et, en fracturant une fenêtre. Il soupçonna immédiatement son voisin d’avoir fait le coup et avertit la gendarmerie de Houffalize, qui arriva de suite sur les lieux et procéda à l’arrestation du dit Danloy, qui avoua être le voleur, mais refusa de dire où était la somme volée. Danloy a été écroué à la prison de Marche et mis à la disposition de M. le procureur du roi. »
Les époux Smetz
Henri Joseph Smetz est né à Cetturu, le 18 novembre 1853.
Le 25 novembre 1880, il a épousé Marguerite Séraphine Masset, ménagère, domiciliée à Tavigny.
Il est le fils majeur de Jean Henri Smetz, journalier, né à Cetturu, demeurant provisoirement à la date du mariage, à Vaux-sous-Chevremont et de Marie Joseph Delvaux, ménagère, domiciliée à Cetturu. Jean Henri décéda à Liège le 23 mars 1892. La soeur d’Henri Joseph, Marie Catherine Céline, née à Cetturu, le 26 mars 1876, épousa, le 3 février 1896, Jean Joseph Huppen, journalier de Cetturu [2].
En 1881, le couple Henri Joseph et Marguerite habitait le village de Tavigny où naquit Maria Léonie, née le 9 octobre 1881.
En 1886, Henri Joseph Smetz, qui a alors 32 ans, est « piocheur au chemin de fer ». Habitait-il toujours la petite maison située à côté du pont de chemin de fer de la ligne 163 [3] sous lequel passe le chemin allant de la route de Hachiville vers Steinbach ? Nous n’avons pas d’informations à ce sujet. A noter, il n’y a plus aucune trace de cette maison mais le pont, qui supporte maintenant le Ravel, est encore appelé localement « le pont Smetz ».

Le 4 octobre 1886, nait Marie Eugénie.
Le 10 janvier 1888, les époux habitaient une petite maison située sur la route Tavigny-Buret, au lieu-dit « les 4 Coins ». La maison, encore appelée « maison Smetz », n’existe plus actuellement. La maison n’apparait pas à l’Atlas des Voiries vicinales de 1841 mais était toujours un cabaret en 1945.
En 1888, quelques jours après le vol, Marie Eugénie meurt le 31 janvier. Un drame malheureusement trop fréquent à l’époque.
Piocheur au chemin de fer
Un piocheur au chemin de fer était un ouvrier de voie (ou « homme de voie ») chargé des travaux manuels d’entretien et de construction des lignes ferroviaires, surtout aux XIXᵉ et début XXᵉ siècles. C’était un métier physique, pénible et peu payé, typique de l’ère de l’expansion ferroviaire (1850–1930).
Le mot apparaît souvent dans les documents de compagnies ferroviaires, registres de personnel ou récits de chantiers.
Les salaires d’un piocheur vers 1888 en Belgique sont relativement bien documentés dans les rapports du Ministère des Travaux publics et les archives des Chemins de fer belges; le salaire se situe entre 2,00 et 2,75 francs par jour.
Ce niveau varie selon :
- la compagnie (État belge, compagnies privées),
- la région (les provinces rurales payaient un peu moins),
- l’ancienneté de l’ouvrier.
Les manœuvres ordinaires : 1,80–2,20 Frs/jour. Les ouvriers de voie expérimentés (dont les piocheurs) : 2,20–2,75 Frs/jour. Un chef d’équipe (garde-voie) : 3,00 à 3,50 Frs/jour.
La semaine de travail est de 10 à 11 heures de travail par jour, 6 jours par semaine. Le salaire hebdomadaire moyen est donc de 12 à 16,5 Frs. La quinzaine de Jean Henri ne correspond donc pas à son salaire de piocheur qu chemin de fer.
Pour donner une idée :
- Une miche de pain : 0,25 à 0,35 Frs
- 1 kg de viande : 1,20 à 1,80 Frs
- Une journée de travail rurale (agricole) : 1,50 à 2,00 Frs
Un piocheur gagnait donc à peine un peu plus que les ouvriers agricoles, malgré un travail très pénible.
Notre Henri Smetz donnait donc plutôt son salaire du mois que celui de sa quinzaine.
Smetz ou Smet ?
Tout le monde sait que Johnny Hallyday, de son vrai nom Jean-Philippe Smet, avait des origines belges. Son père, Léon Smet, était un artiste bruxellois né à Schaerbeek.
La tradition locale, toutefois, lui prête une ascendance issue des familles Smetz de Tavigny et certains affirment que Johnny lui-même aurait évoqué ce lien lors d’une intervention en Belgique.
Pourtant, aucune archive ni biographie connue ne confirme que Johnny Hallyday proviendrait réellement de la région de Tavigny. S’il est bien belge par son père, rien, dans les sources généalogiques ou historiques disponibles, n’établit de lien entre sa famille et Tavigny.
Mais allez savoir… les légendes ont parfois leurs secrets.
Et ne vous fiez pas aux patronymes Smetz contre Smet : Reuter a bien donné Reiter et la famille Kettels est bien à l’origine de celle des Ketelle.
— Notes et références —
[1] En français de la fin du XIXᵉ siècle (autour de 1888), on n’aurait pas utilisé l’appellation « bad boy » mais le terme « mauvais garçon » est le plus courant et le plus exact pour désigner un jeune homme rebelle, sulfureux ou peu recommandable.
[2] Le nom Huppen est de fait bien lié à Cetturu, province de Luxembourg, tant dans les archives anciennes que dans les registres/annonces actuels. Qui a connu la petite épicerie Huppen ?
[3] La ligne fut établie en 3 phases : en 1869, une antenne est établie par la Grande compagnie du Luxembourg entre Libramont, sur la ligne du Luxembourg et Bastogne. En 1884-1885, la ligne est prolongée par la compagnie de l’État belge vers Gouvy, qui était depuis 1867 reliée au rail par l’axe Liège – Pepinster – Spa – Stavelot – Gouvy – frontière luxembourgeoise (Ligne 42). La section à double voie Gouvy – Saint-Vith, en 1917 posée à des fins militaires par l’occupant durant la Première Guerre mondiale, après que l’ensemble de la ligne ait été mis à double voie en 1915 par des prisonniers russes. Source Wikipedia



