Tout est prêt.
Adelin a débroussaillé le chemin le long du bois, coupé les fougères, genêts, jets de jeunes noisetiers (il m’en a rapporté un, bien droit, pour faire un arc-à-flèches, comme les Indiens) et arrangé l’endroit où Papa sera le mieux placé pour surveiller.
Il a même fait un tas de crasses avec ce qu’il a coupé pour cacher mon père et le protéger du vent… c’est gentil, mais il a aussi coupé les ronces où j’allais cueillir des mûres…
Papa, lui, a fait la liste de ce qui est nécessaire pour passer la nuit sans dormir mais sans « être éreinté » le matin. Sa grande cape imperméable (abandon d’un soldat américain après la guerre en 1914), une petite couverture, une gourde avec je ne sais pas quoi, une petite lampe carrée avec une pile et qui éclaire sans flamme !
J’aimerais bien en avoir une, je demanderai à St Nicolas…
Les nuits se sont succédé, Papa est fatigué d’attendre un sanglier qui ne vient pas et il est un peu de mauvaise humeur…
Et puis, bardaf ! la nouvelle arrive : le sanglier a été abattu !
Pas loin du « poste » de Papa…
Papa bougonne, mais comme Maman, Emile, mon frère, ma sœur et moi, Adeline « n’a pas du temps à perdre » et Adelin s’occupe des vaches, nous descendons voir le cochon mort.
Ohlala ! Quelle laide bête !
Papa qui sait tout, m’apprend qu’on appelle ça des boutoirs, que la tête, c’est la hure et les poils, de la soie.
Et, en plus, ils n’ont pas la queue en tire-bouchon.
Je crois que le tueur du sanglier, c’est le même qui prétendait qu’ils versaient dans les avoines « par en exprès », mais je ne suis pas sûr.
Il a la même figure toute brune, il est ridé pareil et il est plein de poils tout durs, gris et blancs piqués dans tous les sens.
À Liège, le samedi au souper, on a de la charcuterie et il y a de la hûre, je n’en mangerais plus…
Et en plus, ils n’ont pas la queue en tire-bouchon.
Je crois que le tueur du sanglier, c’est le même qui prétendait qu’ils versaient les avoines « par en exprès « mais je ne suis pas sûr.
Il a la même figure toute brune, il est ridé pareil et il est plein de poils tout durs, gris et blancs, piqués dans tous les sens…
Le sanglier, quand on le regarde, il a l’air d’un jeune éléphant dont la maman aurait raté la gueule. Son nez est long mais ce n’est pas vraiment une trompe et si ses dents sont hors de sa bouche, ce n’est pas des défenses…il est gris et a une petite queue comme l’éléphant…mais je ne sais pas si l’éléphant a des puces alors que lui il en a.
J’en ai eu sur ma main quand je l’ai caressé !
Papa et le chasseur bavardent toujours… mon père, ça se voit, est un peu vexé ; il a passé des nuits à guetter, avait loué un beau fusil moderne et ce vieux bonhomme arrive, avec « une pétoire antédiluvienne, une pièce de musée selon Papa et pan ! il tue le sanglier !
Le vieux bonhomme sourit et, montrant le cigarillo qui fume entre les doigts de papa lui dit : » c’est votre cigare ». Vexé, papa réplique qu’à l’affût, il ne fume jamais…
L’odeur de vos vêtements suffit, c’est un solitaire, il a le nez fin et est méfiant » répond le propriétaire de la vieille pétoire.
L’important, c’est qu’il soit mort. On le couvre avec des fougères en attendant qu’on l’enlève.
Demain ou après, papa ramènera ses beaux fusils au magasin, je crois qu’il n’ira plus à la chasse !


